Je ne vais pas vous le cacher, à vous, qu'à Bruxelles, le point d'intérêt le plus palpitant n'est pas l'atomium ou la pla

ce Robert Schumann (j'ai quand même assisté à la manifestation historique des habitants qui se plaignaient de l'absence de gouvernement depuis 7 mois), c'est la bière. C'est vrai qu'il y a Jacques Brel et Benoît Poelvoorde mais concentrons-nous un peu. J'adore me comporter en touriste à l'étranger, je vais à Bruxelles, je m'attends à des trésors de bières belges cachées dans des cavernes, des caves immenses à tréfonds improbables. Lorsqu'on me propose de l'Amstel, de la Grimbergen ou de la Leffe, j'offre un visage d'incompréhension "mais comment, vous n'avez que ça ?", à la limite de l'étouffement pulmonaire. Comme dirait Sam, c'est comme s'étonner qu'au café de la place de la Sorbonne, il n'y ait qu'un Côtes du Rhône ou un Chablis à se mettre sous la dent. Pas bête. C'est vrai que les touristes belges doivent être désarçonnés à Paris ! J'avais suivi les conseils de Math en tous cas, et on a fait une razzia digne de ce nom au supermarché... Les caissiers ont dû nous prendre pour des fous, avec nos gueules d'anges "t'imagines, on a 6 Chimay bleues et 4 Trippel Karmeliet" à trépigner comme des gosses pris en flagrant délit d'achat d'alcool alors qu'ils ont 15 ans et demi (et donnent une fausse carte d'identité avec pour nom McLovin - ceux qui n'ont pas vu
Superbad se doivent absolument de le regarder avant de continuer à lire ce blog). Pour info, quand même, c'est 1€ la bouteille de bière en gros (à Paris, il y en a au Monoprix boulevard Sébastopol, mais c'est plutôt dans les 2,50€, pareil à
La cave à bulles rue Quincampoix dans le 4ème, mais qui se veut très français dans ses breuvages).
Niveau culinaire, vous ne pouvez pas partir de Bruxelles sans chipoter un cornet de frites. Apparemment il y a

une battle de la plus haute importance entre la place Flagey et la place Jourdan, à qui mieux mieux. Pour des raisons purement géographiques e

t temporelles, je n'ai essayé que celles de la place Jourdan, à la
Maison Antoine, qui existe depuis 1948. Il y a plusieurs bons points qui sautent aux yeux : la queue de malade (on parle de frites, pas de caviar donné gratos dans la rue), et la cuisson. Ah la cuisson ! Les frites sont cuites une première fois, et ensuite elles sont cuites à nouveau dans de la graisse de boeuf. Oui, madame, de la GRAISSE DE BOEUF. Hé bien, les amis, c'est mieux que muy bueno, c'est juste les meilleures frites de ma vie, c'est là qu'on se dit qu'on est entré dans une ère de la connaissance de la frite, et qu'on ne pourra plus manger avec la même insouciance les frites de notre tartare du bar d'en bas de chez nous (c'est 2€ le grand cornet, et 60 centimes la sauce). Big up à la mayonnaise aussi, légèrement sucrée comme dans les mayo-moutardes subtiles. Soupir.
Pour finir ces prémisses primitives, passons aux choses sérieuses. J'avais réservé au restaurant
Bocconi de l'Hôtel Amigo où Fulvio Pierangelini, le chef italien célèbrissime qui officiait au
Gambero Rosso (qui a fermé avant même que j'ai pu y planter un coup de fourchette), compose les menus, de sa toque de

maître. Ce qui est dommage, c'est le cadre à la fois business et adultérin de la salle. Oui, oui, que des hommes d'affaires, des fils d'hommes d'affaires qui s'ennuient et boivent des orangina avec du loup de mer (diantre), et des couples s'embrassant sans subtilité dans les mini canapés. Foin de tout cela, c'est EXCELL

ENT ! On a pris en entrée des fritures de calamars et artichauts, les calamars simplissimes en beignets (je m'attendais davantage à une présentation en encornets dénudés) et artichauts parfaitement saisis, et des coquilles saint jacques avec vinaigre balsamique et purée de carottes (les entrées sont dans les 20€), ça c'est quelque chose : la saint jacques donne l'impression d'être crue tellement elle est cristalline et fraîche. Première émotion. Puis, on s'est partagé des linguine au homard, sauce buasera (60€ à deux, vous ne pouvez pas le commander tout seul, ou alors vous vous prenez les deux assiettes), et là, ça a été le coup de grâce ! On avait chacun un demi homard, exceptionnel, à la fois ferme, moelleux et goûtu (j'avoue, j'ai un ENORME faible pour le homard), et les linguine qui m'ont fait dire que je n'avais jamais mangé de pâtes avant (j'en mange à peu près 3 fois par semaine, c'est mon côté italien). J'ai essayé, à la fin, de voi

r s'il y avait un double fond de l'assiette pour une mini cachette de pattes de homard, mais non. On avait arrosé ces mets somptueux d'une bouteille de blanc sicilien (Pierangelini est sicilien) de Donnafugata (42€ la bouteille), à bonne température, léger, aérien et en même temps terrien, sensation de graviter dans l'espace. Superbe dîner donc, vous savez ce qui vous reste à faire si vous voulez passer un moment fantastique (c'est évidemment cher, mais on est au-delà du normal, donc économisez vos pièces jaunes).
Sinon dans les déceptions, je n'ai pas pu aller au
Café des Spores et à la Buvette, tenus par Nicolas Scheidt de
l'Office rue Richer à Paris et dont on m'a dit le plus grand bien, mais ils sont fermés le samedi midi et le dimanche... pffff.
Voilà, rien que pour le plaisir régressif de manger des frites et de descendre des chopes de bière, hop on prend sa voiture (3h de route - à part si vous prenez la mauvaise sortie juste à l'entrée de Bruxelles, que vous vous trouvez dans une zone désaffectée dans laquelle les mecs vous disent "ah je suis vraiment désolé, vous êtes sûrs que la rue que vous cherchez est à Bruxelles ?", et que surtout vous n'avez pas de GPS parce que "ça va, hein, nous on gère la route") ou le Thalys (2h de train - mais vous ne pourrez pas rapporter de breuvages).
Chacun sa route, chacun son chemin, comme on dit.