J'en rêvais depuis le 1er juillet, jour où il fallait réserver pour avoir une table à l'automne... M

azette, la première fois de ma vie que je déjeunais dans un trois étoiles ! Le chef, Pascal Barbot... (sa numéro 2, Adeline Grattard, a créé l'année dernière Yam'tcha). Et c'est comme dans un rêve tellement tout est délicieux, divin, c'est au-delà de tout ce que l'on peut imaginer. Et le point qui fait tout basculer de l'expérience un peu abstraite de dégustation à un vrai moment extraordinaire, c'est la gentillesse et la drôlerie du serveur principal ! J'ai évidemment dit une énorme bêtise sur un plat et comme il avait entendu, il est venu corriger et nous a fait une leçon sur le siphon, les émulsions (du coup, je lui ai même raconté que je n'avais jamais réussi à faire une pannacotta), j'ai tr

ouvé ça canon !
Trêve de plaisanteries, alors... A déjeuner, il y a trois menus, à 70€, 120€ et 210€ (le soir, ça monte directement à 190€). Bon on a pris celui à 70€, avec l'accompagnement de vins surprise pour un total de 120€ par personne (tout compris, eau plate/gazeuse, etc.). Franchement, ça vaut carrément le coup, car vous avez quatre verres de vin prodigieux qui s'accordent parfaitement avec les plats. On ne choisit rien, tout est mystérieux, on vous demande simplement au début si vous avez des allergies en tout genre, et après c'est festival !
En amuse-bouche, brioche légèrement sucrée

avec beurre au romarin et palet au citron ; velouté de tomate à la groseille. L'excitation monte doucement. On est attentif, le palais échauffé. En entrée, de la nage de homard avec des légumes du potager dans un bouillon japonisant à base de sauce soja, avec en à côté (à chaque plat, on nous a servi une petite coupelle qui accompagne l'assiette - dément) un nem au caramel et au saté servi sur de la cacahuète pilée. Le tout arrosé d'un verre de Sancerre 2008, très minéral, du
domaine Sébastien Riffault. Ça commence fort, tout en textures, rayures de goût. Très relevé, mais juste comme il faut.
Ensuite, du merlan dans une émulsion (la fameuse émulsion pour laquelle on a eu un cours précis) au curry, sur des épinards rouges et des grains de maïs croquants, avec une compotée de papaye et de fruits de la passion, avec en à côté d

es couteaux dans un beurre à l'ail. On a bu un Riesling surprenant du
domaine Heymann - Lowenstein 2008, fruité, en bouche, fantastique. À ce stade, on est conquis. On se demande si on pourra un jour retourner au restaurant tranquillement (ndlr,
oui en fait c'est possible, c'est le principe des hauts et des bas dans la vie...). Surtout que ce sont des produits simples (le merlan, le maïs) mais cuisinés d'une façon telle qu'on a l'impression d'avoir un nouveau monde exister devant les yeux. Enfin, une selle d'agneau de Lozère avec des haricots coco, une feuille de capucine, un condiment au café et à la réglisse et une touche de piment rouge au basilic. Un verre de Crozes Hermitage (dont j'ai oublié le nom de domaine, mea culpa) dans la même lignée, on le sirote tellement on ne veut pas le finir...
Là, c'est la fin du salé, on passe aux desserts. Admiration complète. Une purée de pommes de terre avec de la glace à la vanille ! C'est fou, c'est aérien. Le coup de grâce (je suis m

ême à la limite de dire que c'était le truc le plus dingue qu'on ait mangé), un sorbet au piment, citron et gingembre. On est KO, on tombe par terre devant tant de génie. Je me suis retenue de pleurer. On reprend ses esprits car on a un trio qui nous attend : une émulsi

on aux amandes caramélisée au riz soufflé sur des groseilles et fraises, des figues cuites dans le vin avec un sorbet au fromage blanc, et une pâte brisée surmontée d'une mousse à la framboise. On est dans les nuages à ce niveau-là et en plus on prend conscience qu'on va devoir redescendre chez les humains, car c'est le dernier dessert... Mais en fait non ! Pour finir en beauté, un lait de poule au jasmin servi dans une coquille d'oeuf, des madeleines au miel de châtaignier, un mini panier de fruits frais (figues, raisins blancs, pêches et mirabelles). Un petit moscato rosato du nord de l'Italie, un vin rouge sucré. C'est le feu d'artifice, on se prend dans les bras, on regarde les étoiles, on regarde s'il ne reste pas une poussière quelque part...
On est sorti, on a retrouvé la rue (et pourtant c'était le Trocadéro donc assez calme, tout en jardins), ça faisait bizarre. Un tel génie gastronomique, et pouf, c'est fini. Un grand moment de ma vie flying muffinesque, en somme... Si vous pouvez y aller, on ne vous le dira pas deux fois.
L'Astrance
4 rue de Beethoven75016 Paris
01 40 50 84 40
Ouvert du mardi au vendredi, déjeuner et dîner